mercredi 6 mai 2026

Douanes nigériennes : Le crépuscule de la méritocratie ou le règne d’un « Kartel » privé ?

Par une plume engagée


Le 22 mai 2026

Il y a exactement un an, le 22 mai 2025, une lueur d’espoir vacillait dans les couloirs feutrés de la Direction Générale des Douanes (DGD). Une délégation de diplômés et d’élèves de l’École Nationale d’Administration (ENA), fiers de leur savoir et porteurs des aspirations de toute une jeunesse, était reçue par la Direction des Ressources Humaines. L’ordre du jour ? Trois questions vitales, trois piliers pour l’avenir d’une administration qui se veut moderne.

Aujourd’hui, le constat est amer : le silence est devenu l'unique réponse de l'administration. Douze mois de mutisme, douze mois de mépris, et une requête d'entretien qui semble avoir rejoint les archives poussiéreuses des promesses non tenues.


Une administration « saturée » ou un club privé ?

L’argument massue de la DGD pour justifier l’absence de recrutement est aussi fragile qu’un château de cartes : le « fort taux d’officiers ». On nous explique, sans sourciller, qu’il n’y a plus de place au sommet. Pourtant, la réalité du terrain hurle l’inverse : une pénurie opérationnelle criante.

L’ironie du sort : Pendant que les diplômés de l’ENA attendent sur le trottoir, la machine à promotions internes, elle, ne connaît pas la crise. Chaque année, des officiers supérieurs sont nommés.

 

La douane serait-elle devenue une entreprise privée où l’on hérite de la tenue de ses parents comme d’un patrimoine familial ?

Ce sentiment de « gestion patrimoniale » est renforcé par des pratiques d’un autre âge. Comment accepter qu’en 2026, des concours soient organisés dans l’entre-soi le plus total, où correcteurs, candidats et jurys partagent parfois le même arbre généalogique ? C’est légal, nous dit-on. Mais est-ce moral ? Est-ce juste ?

L’absurdie administrative : quand le savoir devient un handicap

Le parcours du combattant pour intégrer les rangs de la douane ressemble de plus en plus à une pièce de théâtre de l’absurde. Considérez ce cas, loin d’être isolé : un candidat, titulaire d’une Maîtrise en douane et d’un Master 2 en logistique, se voit refuser l’accès au concours sous prétexte qu’il est... trop diplômé. L’administration exigeait un Master 1.

D’un côté, on disqualifie l’excellence par pure subjectivité. De l’autre, les enquêtes de la HALCIA révèlent l’impensable : en 2018, sur 150 admis, près de 48 candidats ne possédaient même pas les diplômes requis. On régularise l'imposture, mais on sanctionne la compétence.


Le poids du passé et le danger du futur

L'opinion publique nigérienne a toujours porté un regard sévère sur la douane. Héritage colonial oblige, le douanier est perçu comme l'« arracheur » de biens. Mais cette méfiance historique se mue aujourd'hui en une indignation profonde face à ce qui ressemble à une justice sélective.

Pendant que les projecteurs médiatiques se braquent sur certains « spécialistes », les diplômés de l'ENA, formés spécifiquement à la matière douanière, croupissent dans l'oubli. Depuis 2016, les opportunités de recrutement se comptent sur les doigts d'une main. En dix ans, seulement deux élèves d'une promotion (2009-2013) de niveau supérieur ont pu intégrer le corps. Dix ans de gâchis humain.

Un enjeu de sécurité nationale

Au-delà de la frustration individuelle, c'est la stabilité du Niger qui est en jeu. Dans un contexte d'insécurité et de menaces armées, laisser des cerveaux hautement qualifiés, experts en flux et en frontières, sombrer dans le désespoir est une erreur stratégique monumentale.

L'injustice et l'impunité sont les meilleurs terreaux de la radicalisation. Quand un jeune expert voit ses droits bafoués par ceux-là mêmes qui doivent faire respecter la loi, vers qui se tournera-t-il lorsque le sentiment d'abandon deviendra insupportable ?

A lire : 👉🏾la jeunesse au cœur du dispositif d'intégrité douanier 👈🏾 


Appel à la réaction

Diplômés et élèves de l'ENA, votre silence ne fera qu'alimenter le mutisme des autorités. Le Niger ne peut se payer le luxe d'une douane qui fonctionne comme une organisation supranationale, au-dessus des lois de la République.

L'heure n'est plus à la doléance timide, mais à l'exigence de transparence.

  • Pourquoi le concours de 2025 ou de 2026 resteront-ils des chimères ?

  • Pourquoi la rencontre tripartite avec le Ministre des Finances est-elle systématiquement esquivée ?

  • Jusqu'à quand l'excellence sera-t-elle sacrifiée sur l'autel du népotisme ?

La Douane appartient à la Nation, pas à un groupe d'actionnaires. Il est temps de rappeler cette vérité fondamentale.

« Une administration qui méprise sa jeunesse savante prépare son propre déclin. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Douanes nigériennes : Le crépuscule de la méritocratie ou le règne d’un « Kartel » privé ?

Par une plume engagée Le 22 mai 2026 Il y a exactement un an, le 22 mai 2025 , une lueur d’espoir vacillait dans les couloirs feutrés de la ...